Imaginez la scène : votre équipe remonte tout le terrain, votre running back s’arrache les poumons pour aplatir le ballon dans l’en-but… et le score reste à 0-0.
Ce n’est pas un bug de la console, c’est simplement le football américain tel qu’il a été inventé. À l’origine, le Touchdown était l’action la plus ingrate du sport mondial. On est parti du néant total pour arriver au « 6 » magique que tout le monde adule aujourd’hui. Et le chemin a été un sacré bordel.
L’ère du « Zéro » (1869 – 1882) : Le TD n’est qu’une option
Au début, le foot US est une pâle copie du rugby, et pas la plus fun. Le seul moyen de marquer, c’est de botter le ballon entre les poteaux.
- Valeur du TD : 0 point.
- Son seul rôle : Offrir une tentative de tir au but (un « essai »).
Si votre kicker ratait sa cible, vos 80 yards de course héroïque étaient purement et simplement supprimés de l’histoire du match. Le joueur de champ n’était qu’un assistant de luxe dont le seul job était de préparer le terrain pour le vrai patron : le botteur. Un peu humiliant, non ?
1883 : L’insulte des « 2 points »
En 1883, Walter Camp décide qu’il est temps de récompenser l’effort physique. Il invente le premier barème de points, mais il est clairement encore du côté des snobs du pied :
- Touchdown : 2 points.
- Transformation : 4 points.
- Field Goal : 5 points.
C’est la hiérarchie de la honte : le mec qui pose la balle au sol après avoir traversé l’enfer vaut deux fois moins que celui qui tape dedans juste après. À l’époque, valait mieux avoir un bon pied qu’un gros cœur.
1884 : La première révolte des coureurs
Le scandale ne dure qu’un an. Dès 1884, les instances réalisent que personne n’a envie de risquer sa vie pour seulement 2 misérables points. On assiste alors au premier grand basculement :
- Le TD monte à 4 points.
- La Transformation tombe à 2 points.
Le prestige change enfin de camp. Pour la première fois, franchir la ligne devient l’élément central du score. C’est ce système qui va stabiliser le sport pendant une décennie et calmer un peu les ardeurs des kickers.
1912 : Le coup de grâce marketing
Le TD grimpe à 5 points en 1897, mais le jeu reste une boucherie statique et franchement ennuyeuse (on s’empilait les uns sur les autres pour gagner 10 cm). Pour sauver le sport et éviter que le président Roosevelt ne l’interdise purement et simplement à cause de sa violence il a fallu forcer le spectacle.
En 1912, le couperet tombe pour rendre le jeu « aérien » et stratégique :
- Le TD passe à 6 points.
- Le Field Goal descend à 3 points.
Le message était clair : arrêtez de botter, commencez à jouer. On a littéralement dû soudoyer les coachs avec des points pour qu’ils acceptent enfin de lancer des passes et de faire courir leurs joueurs au lieu de viser les poteaux toutes les dix minutes.
En résumé
Le Touchdown n’est pas né avec une couronne sur la tête. Il a commencé comme une formalité gratuite, a survécu à une insulte à 2 points, avant de devenir la récompense suprême en 1912.
Si le pied domine encore parfois les fins de matchs, n’oubliez pas qu’en 1880, le kicker était le roi absolu et le quarterback n’était que son porteur d’eau. On revient de très, très loin.

