Il était presque à l’horizontale. Le bras droit tendu vers le ciel, trois doigts accrochés au ballon et le corps déjà condamné à retomber. Ce 23 novembre 2014, face aux Dallas Cowboys, Odell Beckham Jr. n’avait pas simplement capté une passe d’Eli Manning. Il avait fabriqué une image. Une de celles qui traversent les saisons, dépassent le sport et finissent par raconter un joueur à elles seules.
Douze ans plus tard, New York offre un décor autrement moins spectaculaire. Ce mardi 29 septembre, les Giants ont libéré Beckham. Son deuxième passage dans la franchise qui l’avait révélé n’aura duré que trois matches de saison régulière. Et surtout: aucune réception, aucun yard, un seul ballon lancé dans sa direction et seulement 20 snaps offensifs.
À 33 ans, Odell Beckham Jr se retrouve une nouvelle fois sans équipe. Cette fois, peut-être, la question n’est plus de savoir où il rebondira. Mais s’il rebondira.
New York avait découvert une comète
Car avant de devenir une silhouette cherchant une dernière chance, Odell Beckham Jr fut un phénomène. Drafté en 12e position en 2014, le receveur de LSU avait manqué les quatre premières rencontres de sa saison rookie. Cela ne l’avait pas empêché de terminer l’année avec 91 réceptions, 1 305 yards et 12 touchdowns en douze matches. Une moyenne vertigineuse de 108,8 yards par rencontre, assortie du titre de rookie offensif de l’année.
Il avait enchaîné avec 1 450 yards et 13 touchdowns en 2015, puis 1 367 yards et 10 touchdowns en 2016. Trois saisons, trois Pro Bowls et déjà 4 122 yards à la réception. À New York, OBJ n’était plus seulement un receveur. Il était devenu une véritable attraction et un phénomène de mode.
Son premier passage chez les Giants s’achèvera en 2018 avec 390 réceptions, 5 476 yards et 44 touchdowns. La suite sera nettement moins linéaire.
Des éclairs de plus en plus espacés
Cleveland devait ouvrir une nouvelle époque. Beckham y dépassera encore les 1 000 yards en 2019 (1 035), mais ce sera la dernière fois. Une rupture du ligament croisé antérieur en 2020, une relation sportive jamais vraiment épanouie avec Baker Mayfield et un divorce en 2021 précipiteront son départ.
Los Angeles lui offrira pourtant une dernière nuit de gloire. Avec les Rams, Odell Beckham Jr remportera le Super Bowl LVI. Il avait même commencé le Super Bowl contre Cincinnati comme dans ses plus belles années: deux réceptions, 52 yards et un touchdown avant qu’un nouveau genou ne cède. Encore le ligament croisé. Encore au moment où l’histoire semblait vouloir lui sourire.
Il ne rejouera pas en 2022.
Depuis, OBJ n’a jamais véritablement retrouvé sa place. Baltimore lui permit d’entrevoir quelques éclairs en 2023 (35 réceptions, 565 yards, 3 touchdowns). À Miami, en 2024, la lumière s’éteignit presque complètement: 9 réceptions, 55 yards, aucun touchdown. Puis vint une saison 2025 passée hors des terrains.
La boucle n’a pas été bouclée
Son retour chez les Giants devait avoir quelque chose de sentimental. Là où tout avait commencé, Beckham espérait peut-être arracher quelques dernières images au temps. Il n’y en aura finalement presque aucune.
Trois matches de saison régulière auront suffi à New York pour tourner la page. Sa libération, ce 29 septembre, laisse Beckham avec 575 réceptions, 7 987 yards et 59 touchdowns en saison régulière au cours de sa carrière. Des chiffres qui racontent un grand receveur, mais imparfaitement le phénomène qu’il fut.
Peut-il encore jouer ? Probablement assez pour attendre que le téléphone sonne et espérer qu’une équipe touchée par les blessures lui offre quelques semaines supplémentaires. Mais après deux ruptures du ligament croisé, une saison 2025 sans jouer et ce retour new-yorkais achevé sans la moindre réception, l’hypothèse de la retraite n’a jamais semblé aussi naturelle.
La NFL décidera peut-être de lui offrir un dernier ballon.
Sinon, il restera cette image. Un jeune homme de 22 ans suspendu dans la nuit de New York, le corps en déséquilibre et une seule main tendue vers le ciel. Comme si, ce soir-là, Odell Beckham Jr. avait déjà réalisé la réception que personne ne pourrait jamais lui enlever.

